Carnets de l'Economie

Agences immobilières : SOS Racisme alerte sur des pratiques discriminatoires persistantes




Anton Kunin
27/01/2026

Rendue publique le 25 janvier 2026, l’étude nationale de SOS Racisme sur les pratiques des agences immobilières a provoqué une onde de choc politique et médiatique. Fondée sur une campagne de testing menée auprès de 198 agences, elle révèle que 48% d’entre elles acceptent ou facilitent des demandes discriminatoires formulées par des bailleurs.


Un déséquilibre entre l’offre et la demande qui engendre des pratiques illégales

C'est un constat lourd que fait SOS Racisme au terme d'une nouvelle enquête : dans près d’un cas sur deux, les agences immobilières testées n’opposent pas de refus clair à des demandes visant à exclure des locataires en fonction de leur origine supposée ou de leur couleur de peau. Dans certains cas, l’agence se charge elle-même du tri. Dans d’autres, elle délègue explicitement cette sélection au propriétaire, tout en validant le principe discriminatoire.

Cette banalisation des pratiques discriminatoires pose une question centrale : celle de la normalisation de l’illégalité dans un secteur économique sous tension. Le marché locatif français, particulièrement dans les zones urbaines attractives, est marqué par un déséquilibre entre l’offre et la demande. Cette situation confère aux bailleurs un pouvoir de sélection accru, que certains intermédiaires préfèrent accompagner plutôt que contester. Selon SOS Racisme, il ne s’agit pourtant pas de cas marginaux, mais bien d’un phénomène systémique.

Juguler les discriminations dans le domaine de l'accès au logement, une question d'équité

D’un point de vue institutionnel, ces révélations mettent en cause l’efficacité des dispositifs de contrôle existants. La discrimination dans l’accès au logement est pénalement réprimée depuis plusieurs décennies. Les textes sont clairs. Les sanctions théoriques sont dissuasives. Pourtant, les condamnations demeurent exceptionnelles. Ce décalage entre le droit et sa mise en œuvre alimente un sentiment d’impunité, tant chez certains bailleurs que chez leurs intermédiaires.

L’enjeu dépasse la seule question éthique. Il touche à la crédibilité de l’État de droit dans un secteur économique essentiel. L’immobilier résidentiel représente une part majeure du patrimoine des ménages et un pilier de la stabilité sociale. Lorsque les règles fondamentales d’égalité sont contournées, c’est l’ensemble du cadre de confiance qui s’érode. SOS Racisme insiste sur ce point, estimant que la persistance de ces pratiques traduit une carence de la puissance publique à faire respecter ses propres normes.

Un enjeu économique et social durable

Face à la publication de l’enquête, le gouvernement a annoncé une série de mesures, dont la plus emblématique concerne la formation des professionnels de l’immobilier. Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de la Lutte contre les discriminations, a évoqué la généralisation d’une formation obligatoire sur ces enjeux. Une annonce qui reconnaît implicitement l’ampleur du problème, mais qui, à ce stade, reste partielle. Actuellement, cette obligation ne concerne que les détenteurs d’une carte professionnelle, soit moins de la moitié des agents immobiliers en activité. Pour SOS Racisme, cette approche ne suffira pas à inverser la tendance. L’association plaide pour une stratégie plus globale, combinant formation, contrôles renforcés et sanctions visibles. Sans cela, la discrimination raciale risque de demeurer un coût invisible du marché du logement, supporté par les ménages les plus vulnérables.

Au-delà de l’actualité immédiate, l’enquête de SOS Racisme éclaire un phénomène aux conséquences profondes. En excluant certains profils de locataires, le marché locatif se segmente davantage, accentuant les dynamiques de relégation territoriale. Cette fragmentation a un coût collectif : elle alimente les inégalités, freine la mobilité résidentielle et pèse sur la cohésion sociale.










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