Carnets de l'Economie

Nucléaire : le financement des EPR2 passe désormais par l’épargne du Livret A




François Lapierre
13/03/2026

L’annonce d’Emmanuel Macron d’orienter une partie de l’épargne du Livret A vers le financement du programme nucléaire EPR2 marque une évolution majeure dans la stratégie d’investissement public en France. En mobilisant l’épargne réglementée pour soutenir la construction de nouveaux réacteurs, l’État sécurise une part décisive du financement d’un programme industriel estimé à plus de 70 milliards d’euros.


Le programme nucléaire EPR2, un investissement industriel de plus de 70 milliards d’euros

La relance du nucléaire français repose sur le programme EPR2, qui constitue la première phase de reconstruction du parc nucléaire national. Ce projet prévoit la construction de six réacteurs nucléaires de nouvelle génération afin de renouveler progressivement les capacités de production d’électricité du pays. Ces installations doivent être construites sur trois sites existants : Penly en Seine-Maritime, Gravelines dans le Nord et le Bugey dans l’Ain.

Le coût total du programme est estimé à environ 72,8 milliards d’euros pour ces six réacteurs, selon Le Monde. L’objectif du gouvernement est de construire une série standardisée de réacteurs afin de limiter les dérives de coûts observées sur certains projets nucléaires récents. Le calendrier du projet s’inscrit dans le long terme avec la mise en service du premier réacteur EPR2 qui est envisagée à l’horizon 2038. Dans l’immédiat, EDF doit encore franchir une étape déterminante : la décision finale d’investissement, attendue avant la fin de l’année 2026.

Au-delà de la production d’électricité, le programme est présenté comme un levier majeur de politique industrielle. Il doit mobiliser des dizaines de milliers d’emplois dans les filières industrielles liées au nucléaire et aux grands équipements énergétiques.

Le nucléaire financé par l’épargne du Livret A : un changement dans l’investissement public

L’annonce faite par Emmanuel Macron introduit un mécanisme financier inédit dans le financement du nucléaire français. Une partie du programme EPR2 sera financée grâce au fonds d’épargne géré par la Caisse des dépôts, alimenté notamment par les dépôts du Livret A. Selon l’Élysée, « le prêt bonifié de l'État accordé au programme EPR2 pour 60 % du montant total du programme sera financé par le fonds d’épargne de la Caisse des dépôts ».

Dans le cas du programme EPR2, ce mécanisme permettrait de couvrir environ 60 % du coût total du projet. Le reste du financement devrait être assuré par EDF et par d’autres instruments financiers encore en discussion avec la Commission européenne. Cette architecture vise à réduire les besoins de financement direct d’EDF tout en sécurisant des ressources financières stables pour un programme dont les investissements s’étalent sur plusieurs décennies.
 

La banque publique et l’épargne réglementée au cœur du financement du nucléaire

Le recours au Livret A repose sur le rôle central du fonds d’épargne de la Caisse des dépôts dans le financement des investissements publics. Ce dispositif centralise une partie importante de l’épargne réglementée collectée par les banques. Au total, ce fonds centralise environ 59,5 % de l’épargne réglementée des Français et gère près de 400 milliards d’euros d’actifs, ce qui en fait l’un des principaux outils financiers publics pour soutenir les politiques d’investissement à long terme.

Traditionnellement, ces ressources financent surtout le logement social, les infrastructures locales ou certaines politiques publiques. L’orientation d’une partie de ces fonds vers le nucléaire constitue donc une évolution notable de l’utilisation de l’épargne réglementée.
Pour l’État, ce mécanisme présente plusieurs avantages économiques. Il permet d’accéder à des financements de long terme à des conditions financières généralement plus favorables que celles des marchés. Il renforce aussi la dimension domestique du financement du programme nucléaire en mobilisant l’épargne nationale.
 

Un signal économique pour sécuriser le financement du nucléaire

Pour les acteurs industriels et financiers, la mobilisation du Livret A constitue avant tout un signal de sécurisation du programme EPR2.
Les investissements nucléaires se caractérisent par des montants très élevés et des horizons de rentabilité très longs. Dans ce contexte, la disponibilité de financements stables est une condition essentielle pour lancer les projets. Le recours au fonds d’épargne permet de réduire l’exposition du programme aux fluctuations des marchés financiers.

Lors de sa visite sur le site de Penly, Emmanuel Macron a insisté sur l’importance stratégique du nucléaire dans la politique énergétique française. « On n’arrivera pas à gagner la bataille du climat, de la compétitivité et de la souveraineté sans le nucléaire ». Pour le gouvernement, la mobilisation de l’épargne nationale doit permettre de sécuriser les investissements nécessaires à la production d’électricité décarbonée tout en renforçant la souveraineté énergétique du pays.










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