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Produits illégaux, algorithmes, addiction : Shein dans le collimateur de la Commission européenne




Anton Kunin
17/02/2026

La Commission européenne vient d’ouvrir une enquête formelle visant Shein, soupçonné de manquements graves aux règles européennes encadrant les grandes plateformes numériques. En cause, la vente de produits jugés illégaux, des mécanismes de conception potentiellement addictifs et un manque de transparence algorithmique.


Pourquoi la Commission européenne enquête sur Shein maintenant

Le 17 février 2026, la Commission européenne a annoncé l’ouverture d’une enquête contre Shein. Cette procédure s’inscrit dans le cadre du Digital Services Act, entré pleinement en application pour les très grandes plateformes en 2024. Depuis plusieurs mois, Shein faisait déjà l’objet de signalements répétés, d’échanges formels avec Bruxelles et de critiques croissantes sur ses pratiques commerciales et numériques.

La décision de la Commission européenne d’ouvrir une enquête sur Shein n’est pas soudaine. Elle s’inscrit, d’une part, dans un calendrier réglementaire précis et, d’autre part, dans une accumulation de signaux d’alerte. Depuis 2024, Shein est classé comme « très grande plateforme en ligne », un statut qui déclenche des obligations renforcées en matière de modération, de transparence et de protection des utilisateurs. Or, selon la Commission européenne, plusieurs réponses apportées par Shein à des demandes formelles d’information se sont révélées insuffisantes ou incomplètes, ce qui a conduit à l’ouverture de sa propre enquête.

Par ailleurs, le contexte politique joue un rôle déterminant. La Commission européenne entend démontrer l’effectivité du Digital Services Act, texte emblématique de la régulation numérique européenne. Après des procédures visant d’autres plateformes majeures, le cas Shein permet à Bruxelles de s’attaquer à un acteur du e-commerce international dont la croissance fulgurante repose largement sur des mécanismes numériques intensifs. Cette enquête arrive donc à un moment où l’exécutif européen souhaite envoyer un signal clair : la taille et le succès commercial ne dispensent pas du respect des règles.

Shein : la vente de produits illégaux au cœur de l’enquête

L’un des volets centraux de l’enquête de la Commission européenne concerne la vente de produits considérés comme illégaux sur la plateforme Shein. Les autorités européennes examinent notamment la commercialisation de poupées sexuelles représentant des traits enfantins. Selon la Commission européenne, ces produits pourraient contrevenir à plusieurs législations nationales et européennes relatives à la protection des mineurs et à la lutte contre les contenus pédopornographiques. Cette question a servi de déclencheur politique et médiatique, accélérant l’intervention directe de Bruxelles.

Au-delà de ce cas emblématique, l’enquête s’élargit à la capacité de Shein à empêcher la mise en vente de produits interdits plus globalement. Les services de la Commission européenne évaluent les dispositifs internes de contrôle, les systèmes de signalement et la rapidité de retrait des contenus illicites. Cette approche s’inscrit dans une logique de responsabilité accrue des plateformes. Selon Bruxelles, un produit illégal ne devient pas acceptable du seul fait qu’il est vendu en ligne, un principe rappelé à plusieurs reprises par les responsables européens ces derniers jours.

Des mécanismes numériques jugés potentiellement addictifs

Un second axe majeur de l’enquête vise la conception même de la plateforme Shein. La Commission européenne soupçonne l’entreprise d’utiliser des mécanismes de design susceptibles de favoriser une utilisation excessive. Il s’agit notamment de systèmes de récompenses, de points cumulables, de promotions à durée limitée et de notifications répétées incitant à l’achat. Ces pratiques, souvent regroupées sous le terme de « design addictif », sont désormais explicitement encadrées par le Digital Services Act.

Selon la Commission européenne, Shein doit démontrer que ces fonctionnalités ne portent pas atteinte au bien-être des utilisateurs, en particulier des plus jeunes. L’enjeu est considérable, car il ne concerne pas uniquement le commerce électronique, mais la manière dont les plateformes influent sur l’attention et les comportements des consommateurs. En s’attaquant à Shein sur ce terrain, Bruxelles étend son contrôle au cœur même des modèles économiques numériques basés sur l’engagement permanent.

La transparence des algorithmes de Shein en question

Le troisième pilier de l’enquête porte sur la transparence des systèmes de recommandation de Shein. La Commission européenne cherche à comprendre comment les produits sont mis en avant, selon quels critères et avec quel degré d’intervention humaine. Le Digital Services Act impose aux grandes plateformes de fournir des informations claires sur le fonctionnement de leurs algorithmes et d’offrir aux utilisateurs des alternatives aux recommandations automatisées.

Or, selon les éléments communiqués par la Commission européenne, les explications fournies par Shein jusqu’ici n’auraient pas permis d’évaluer pleinement l’impact de ces algorithmes. Cette opacité alimente les critiques de longue date sur la capacité de la plateforme à orienter massivement les choix de consommation. Dans un contexte où la fast fashion est déjà accusée de surproduction et de pratiques environnementales contestées, la question algorithmique prend une dimension supplémentaire.

Un historique de tensions entre Shein et les autorités européennes

L’enquête actuelle s’inscrit dans une relation déjà tendue entre Shein et les régulateurs européens. Depuis plusieurs années, la marque est sous surveillance pour des questions liées à la sécurité des produits, à la conformité aux normes européennes et aux conditions de production. Si l’enquête ouverte par la Commission européenne est juridiquement distincte de ces dossiers nationaux, elle s’appuie sur un terrain déjà fragilisé par les controverses successives.

En avril 2024, puis en février et novembre 2025, la Commission européenne avait adressé à Shein plusieurs demandes formelles d’information. Ces échanges visaient précisément la gestion des produits illégaux et la protection des consommateurs. L’ouverture de l’enquête formelle indique que Bruxelles considère désormais que les réponses apportées ne suffisent plus. Cette étape marque un durcissement net du ton à l’égard de Shein.

Quels risques pour Shein et quels enjeux pour l’Union européenne ?

À ce stade, l’ouverture de l’enquête ne préjuge pas de son issue. La Commission européenne rappelle qu’aucune infraction n’est encore établie. Toutefois, les risques pour Shein sont significatifs. En cas de manquement avéré au Digital Services Act, les sanctions peuvent atteindre jusqu’à 6 % du chiffre d’affaires annuel mondial de l’entreprise. Compte tenu des revenus estimés de Shein, cela représenterait plusieurs milliards d’euros.

Pour l’Union européenne, l’enjeu dépasse largement le cas Shein. Cette enquête constitue un test grandeur nature de la capacité du cadre réglementaire européen à encadrer des acteurs globaux du numérique et du commerce en ligne. En ciblant Shein, la Commission européenne affirme sa volonté de faire respecter des règles communes, quel que soit le pays d’origine de l’entreprise. La suite de la procédure sera donc suivie de près, tant par les plateformes que par les consommateurs européens.










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