Carnets de l'Economie

Le télétravail, un choix pas si enviable que ça




Anton Kunin
05/11/2019

Le télétravail ne rime pas forcément avec une meilleure qualité de vie et un moindre stress, révèle une étude du ministère du Travail, dont les auteurs ont réalisé une analyse tous horizons de l’environnement des télétravailleurs.


Un environnement de travail dégradé

Travailler de chez soi, serait-ce le bonheur ? Pas vraiment, à en croire une étude de la DARES, le service des statistiques du ministère du Travail. Globalement, les cadres qui télétravaillent semblent le faire dans un environnement dégradé par rapport aux cadres qui ne télétravaillent pas. Les chiffres le montrent : les premiers font part d’un sentiment de distance non seulement vis‑à‑vis de leur hiérarchie mais également de leurs collègues ou collaborateurs. À caractéristiques socio‑économiques données, les cadres télétravailleurs intensifs sont moins souvent aidés que leurs homologues par leur hiérarchie et par leurs collègues pour mener à bien leurs tâches.

Pire, les télétravailleurs sont deux fois plus nombreux que les non-télétravailleurs (17% contre 8%) à présenter un risque dépressif modéré ou sévère. Mais ce n’est pas toujours une conséquence du fait qu’ils télétravaillent : certains d’entre eux ont en effet choisi le télétravail pour éviter des conflits interpersonnels qu’ils ont pu connaître au bureau, ou lorsqu’ils ont été victimes d’agressions verbales ou physiques.

Des changements majeurs au sein de l’entreprise

L’étude de la DARES révèle aussi que le contexte d’entreprise est souvent moins serein pour les cadres travaillant beaucoup de chez eux que pour les cadres qui le font moins, voire qui ne télétravaillent pas du tout. Les cadres pratiquant le télétravail de façon intensive sont plus nombreux que les non‑télétravailleurs à avoir connu au cours des 12 derniers mois des changements organisationnels importants de l’environnement de travail. 21% de ces « télétravailleurs intensifs » travaillent dans un établissement ayant connu un plan de licenciement, contre 4% des non‑télétravailleurs.

37% travaillent dans une société ayant connu un déménagement ou une restructuration, contre 22% des non‑télétravailleurs, et 37% (contre 18% des non-télétravailleurs) sont dans une entreprise qui a été rachetée ou dont la direction a changé. Par ailleurs, 47% des cadres du privé ,travaillant beaucoup de chez eux estiment que la sécurité de leur emploi est menacée, contre 12% des non‑télétravailleurs.