Carnets de l'Economie

Internet et la protection de la vie privée : le choc des conceptions




Grégoire Moreau
12/06/2013

L’actualité récente sur la « découverte » du système américain PRISM de traitement des informations d’Internet et l’échec de la tentative européenne de renforcement de la protection des données ont ramené sur le devant de la scène la question centrale de la protection de la vie privée. Sur ce terrain sensible, Américains et Européens avancent des conceptions radicalement différentes de l’usage qui peut être fait de cette masse considérable de données. Mais en première ligne, la question de la responsabilité de l’internaute est à nouveau posée.


Internet et la protection de la vie privée : le choc des conceptions
Depuis le 11 septembre, le Patriot Act dans un premier temps et le FISA Amendments Act de 2008, la position américaine en matière d’accès aux données personnelles des internautes est claire : dans une optique sécuritaire revendiquée, mais susceptibles de dérives, l’Administration américaine et les agences de renseignement dédiées doivent avoir accès à tout. Il n’y a pas d’équivalent de la CNIL aux Etats-Unis et la protection de la vie privée sur Internet n’est pas une notion qui fait recette. Par accord tacite ou ignorance, les citoyens américains ont accepté de renoncé à certaines libertés fondamentales au non de la sécurité nationale. Cette position se défend, mais lorsque les motifs d’opposition des Etats-Unis à toute régulation de l’usage des données personnelles reposent sur des considérations commerciales plus que sécuritaires, il y a tout lieu de s’insurger. Car derrière des enjeux flous de sécurité, alors qu’Obama a annoncé (vraisemblablement de manière prématurée) la fin de la War on Terror, se cachent un soutien à peine dissimulé pour les géants américains du Web. La plupart des médias européens dénonce à ce sujet la plus importante opération de lobbying jamais vue à Bruxelles, de mémoire de fonctionnaire européen. L’enjeu est de taille : le web 3.0 risque de se construire en partie sur l’utilisation de ces données personnelles, à des fins commerciales et publicitaires. C’est tout un modèle économique à venir qui est sur la sellette. Mais l’Europe ne sait plus vraiment où se situe les priorités. Compte tenu de la nationalité des acteurs majeures du secteur, le risque est celui d’une hégémonie mondiale des Etats-Unis sur Internet, c’est-à-dire un monopole de fait sur l’information et sa diffusion, rien de moins.

Les Européens cultivent par contre un certain paradoxe (appelé d’ailleurs très officiellement le privacy paradox) : grand utilisateurs des réseaux sociaux et du web 2.0, ils publient en masse des données personnelles sur Internet, mais espèrent que tout cela va rester du domaine de la vie privée. On ne peut clairement pas tout avoir, mais si l’Internet permet l’anonymat, la démarche est fastidieuse et généralement utilisée à des fins délictueuses. Pour autant, la réputation étant devenue un capital immatériel d’une valeur considérable, pour le particulier comme pour les entreprises ou les institutions, il est nécessaire d’encadrer un minimum l’usage d’Internet. Bien que l’Internaute participe activement au dévoilement de sa vie privée, il n’est pas toujours responsable de l’usage malveillant qui peut en être fait. Le piratage n’est pas la faute de l’internaute-victime, mais provient souvent des failles techniques ou informatiques d’un site ou d’un logiciel. L’un des inconvénients majeurs d’Internet provient de la quasi-impossibilité de faire disparaitre une information malveillante. Les tentatives pour y parvenir sont généralement perçues comme la volonté de cacher une vérité et génère souvent la multiplication virale d’un contenu. Ajoutons à cela le fait que toute page internet est obligatoirement sauvegardée quelque part, même si elle n’est plus accessible. Pour l’immense majorité des utilisateurs, la seule solution est d’attendre que le temps passe et que la page incriminée disparaisse dans les tréfonds des résultats du moteur de recherche. Etant donné que le plus utilisé d’entre eux fonctionne non par pertinence des résultats mais par « popularité » des pages (classement du nombre de liens pointant vers la page contenant le mot-clé) cette démarche peut relevée malgré tout du mythe de Sisyphe. Le droit à l’oubli n’est pas prêt d’être une réalité techniquement applicable, bien que des entreprises commencent à proposer des services en ce sens.

Avant d’en arriver à des solutions techniques complexes, les internautes feraient bien surtout de faire preuve de prudence. Il s’agit là de prévention : toute donnée publiée sur Internet dot être considérée comme publique et indépendante. Le « propriétaire » initial ne maitrise pas les copies et la diffusion possible des éléments qu’il met en ligne. A lui d’être prudent, même si personne n’est à l’abri d’un acte malveillant. Les particuliers ont très probablement peu de soucis à se faire à propos de la surveillance américaine de l’Internet. Par contre, le « profilage » de nos comportements, le fichage à partir de nos historiques de connexions et les aspects commerciaux qui en découlent représentent un véritable danger pour nos libertés. Il sera de bon ton que l’Europe, en dépit de la pression de quelques puissants lobbies, ne perdent pas de vue l’intérêt général des citoyens européens.

Sources :
« La vie des autres ou la protection des données, vue des États-Unis », contrepoints.fr, 12 juin 2013
« Protection de la vie privée : le projet européen retoqué », Le Monde.fr, 06 juin 2013
« Les données personnelles et la protection de la vie privée à l'heure des nouvelles technologies », NetIris.fr, 23 avril 2013
 










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