Carnets de l'Economie

Les Carnets de l'Economie

Développement durable : une autre vision de l’urbanisme




La rédaction
21/03/2018

Le Corbusier aimait à dire que « les matériaux de l’urbanisme sont le soleil, les arbres, le ciel, l’acier, le ciment, dans cet ordre hiérarchique et indissolublement ». La ville a besoin de visions stratégiques. L’émergence récente du développement durable, avec ses dimensions sociales, économiques et environnementales, n’a fait que renforcer les exigences imposées au bâti, amenant promoteurs, élus locaux, et architectes à toujours plus de rigueur et d’innovation.


Quelles réalités et quels enjeux pour l’urbanisme durable ?

L’urbanisme est une projection spatiale des rapports sociaux et force est de constater que les réalisations urbaines des décennies passées n’ont pas toujours apporté un équilibre et une harmonie en termes de cohésion sociale, de mixité de l’habitat et d’égalité des chances. En Île-de-France, plus que dans d’autres régions, certains quartiers ont toutes les caractéristiques des ghettos. Ils additionnent taux de pauvreté élevés, disparation des services publics, insécurité, surreprésentation de logements sociaux, manque de commerces de proximité, habitations énergivores et même parfois insalubres.
Mais depuis les émeutes urbaines des années 1980 à Vénissieux puis celles de 2005, et la prise de conscience de l’impératif écologique, les pouvoirs publics, à travers l’ANRU notamment, avec les professionnels de l’aménagement tentent de repenser la ville et de relever le défi du développement durable pour construire les quartiers afin d’améliorer la cohésion sociale.

Favoriser la cohésion sociale urbaine

Depuis 2016, le prix Le Monde Smart Cities met à l’honneur les villes réalisant des projets urbains innovants en matière de sobriété énergétique et de cohésion sociale. Pour la première édition, Marseille a été distinguée pour son écoquartier Smartseille favorisant une mixité culturelle et intergénérationnelle ainsi qu’une diversification des activités. Si les travaux doivent s’étaler jusqu’à la fin de l’année 2018, l’opération menée conjointement par l’Etat, la ville, la société d’aménagement Euroméditerranée, ainsi que des partenaires privés comme Eiffage, EDF, Orange et Lafarge, a déjà permis la livraison de plusieurs bâtiments.
« Nous avons entrepris la reconquête d’un quartier en déshérence. Notre défi consistait  à le relier aux autres secteurs de la ville, notamment le centre-ville », explique Nicolas Gravit, directeur d’Eiffage Aménagement (1). L’accent a été mis sur le vivre ensemble et la diversification des usages du quartier. Sur 2,7 hectares, il est prévu 385 appartements dont 100 logements sociaux, une crèche, une résidence pour personne âgées, 27 500 mètres carrés de bureaux et 3000 mètres de commerces et de services. « En matière d’aménagement, les innovations sont techniques mais aussi sociales » ; c’est ce qui a poussé Eiffage et son directeur Aménagement à créer une résidence intergénérationnelle équipée d’espaces communs pour favoriser les rencontres entre les seniors et les plus jeunes.
A l’instar des bâtiments, les rues et l’organisation de la circulation sont aussi repensées pour favoriser les déplacements responsables et limiter la pollution urbaine.

L’enjeu environnemental amène à repenser nos modes de déplacement

Le tout-voiture est dépassé. La ville laisse désormais de moins en moins de place aux moyens de transport motorisés. La réduction de la vitesse autorisée en agglomération de 50 à 30 kilomètres par heure favorise une meilleure qualité de l’air et une amélioration du cadre de vie. Pour le responsable du service qualité de l’air de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), « ce dispositif a un effet positif sur la qualité de l’air s’il n’entrave pas la fluidité de la circulation » et si la zone concernée n’est pas « largement contournée par les automobilistes » (2).
En outre, ce dispositif peut-être complété en limitant les parkings et en construisant des zones piétonnes, ainsi que des pistes cyclables sécurisées favorisant les modes de transports actifs. Selon Frédéric Heran, économiste des transports urbains de l’université de Lilles-1, « dans les villes concernées, on constate un fort développement de ce mode de déplacement » (3). Si les chiffres datent un peu, on constate néanmoins qu’en 2010 avec l’arrivée du Vélib, les Franciliens se déplaçaient deux fois plus en vélos qu’en 2001 (4).
Ce désengorgement des villes, du fait de la limitation de la voiture, permet d’accorder plus de place aux bâtiments. Leurs fonctions ont évolué : si l’enjeu premier reste, bien évidemment, de loger les citadins, ils ont également l’ambition de faire partager un projet artistique.

Promouvoir une architecture responsable et esthétique

Favoriser la cohésion sociale passe également par l’amélioration du cadre de vie des habitants. C’est pourquoi, la recherche d’équilibre urbain et d’esthétisme est un enjeu de développement durable. Le beau a un impact positif sur les habitants et la recherche d’une cité idéale passe par le développement de projets artistiques. Aussi, « le métier de promoteur n’est pas de couler du béton » aime à dire Marc Villand, Président-Directeur général d’Interconstruction, mais bien au contraire « de renouveler l’art de bâtir par un désir de qualité ».
Pour ce faire, le groupe qui, en 2016, a reçu le « Prix de la conduite responsable des opérations », signe depuis 2006 tous ces programmes immobiliers d’une œuvre d’art. Ce fut le cas par exemple, pour une résidence de Saint-Denis, où Hervé Bourdin a reproduit sur des toiles exposées dans les parties communes, la vie parfois surprenante des citadins. Cette démarche singulière vise, toujours selon Marc Villand, à « offrir aux habitants un lieu unique, et à favoriser grâce à l’art, une appropriation positive de leur environnement ».
L’enjeu du développement durable amène à repenser le paysage urbain, les modes de construction ainsi que les modes de vie des citadins. Le « bien vivre ensemble » dans un monde plus pollué, plus âgé, et plus fragile est un véritable défi qui pointe du doigt la nécessité d’associer plus efficacement, pour chaque projet, les aménageurs publics et privés, ainsi que les citoyens et les pouvoirs publics.

(1) http://www.collectiviteslocales.fr/entretiens/item/3709-nicolas-gravit-directeur-d-eiffage-amenagement-la-mixite-d-usage-et-de-fonction-est-la-cle-des-futurs-amenagements-urbains
(2) http://abonnes.lemonde.fr/planete/article/2014/03/14/pollution-comment-restreindre-la-circulation-automobile_4383084_3244.html
(3) http://abonnes.lemonde.fr/planete/article/2014/03/14/pollution-comment-restreindre-la-circulation-automobile_4383084_3244.html
(4) https://www.citycle.com/18820-laugmentation-du-nombre-de-cyclistes-a-paris-les-explications/






International

Découverte & Lifestyle

Réflexions

L'actu de la RSE