Carnets de l'Economie

BTP : une affaire d’écosystèmes




La Rédaction
28/03/2022

Les majors du BTP ne travaillent pas seules, elles coordonnent sur les chantiers tout un écosystème de fournisseurs, de sous-traitants, de co-traitants et de partenaires… Et entretiennent même des relations pérennes avec ceux qui partagent leurs exigences en matière de sécurité et de développement durable. Exemples.


Image d'illustration
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Quand on parle de BTP, on pense d’abord aux majors du secteur, qui se taillent effectivement la part du lion dans les grands contrats de travaux publics. Mais on oublie souvent que ces locomotives entraînent systématiquement dans leur sillage tout un écosystème de sous-traitants, de co-traitants et de partenaires, qui sont autant d’acteurs à part entière de la réalisation des chantiers.
 
Une multitude de sociétés spécialisées participent en effet aux travaux de construction, d’aménagement, d’entretien ou d’exploitation des grands ouvrages publics : bureaux d’études, architectes, spécialistes des études environnementales et nombreuses entreprises de travaux participant à la construction, notamment dans le second œuvre (isolation, menuiserie, métallerie, chauffage, électricité, etc.)…
 
Le sous-traitant est souvent chargé d’un lot complet intégrant approvisionnement et installation. Responsable à la fois du choix des fournitures et de leur mise en œuvre en accord avec les exigences du client final, il assume ainsi une partie des risques. Par exemple, le sous-traitant titulaire du lot serrurerie-métallerie va gérer les achats et l’installation des grilles de ventilation, des portes métalliques et des garde-corps.
 
Partenaires des collectivités sur le terrain, les majors du BTP font largement appel à leurs agences régionales et à leurs filiales spécialisées, mais également à des PME locales, ce qui profite à l’emploi et à la dynamique économique des territoires.

 
L’exemple du Grand Paris Express
 
Le gigantesque projet urbain du Grand Paris Express (GPE), le futur métro automatique d’Ile-de-France, illustre bien cette tendance. Au 1er décembre 2020, plus de 5 000 entreprises dont au moins 50 % de TPE/PME étaient déjà intervenues sur les différents chantiers du GPE. Un total de plus de 1,6 milliard d’euros a ainsi été engagé auprès de petites et moyennes entreprises. La Société du Grand Paris (SGP) a en effet fait le choix d’inscrire dans ses marchés une clause demandant aux entreprises de génie civil de faire réaliser au moins 20 % du montant du marché à des TPE/PME, ainsi qu’une clause d’insertion, réservant au moins 10 % des heures travaillées à des personnes éloignées de l’emploi.
 
Le méga-lot de la ligne 16 du GPE (entre Saint-Denis Pleyel et Aulnay-sous-Bois), dont les travaux devraient durer six ans, a ainsi été attribué à un groupement dont le mandataire est Eiffage Génie civil et qui inclut Eiffage Rail, Razel-Bec, TSO et TSO Caténaires. Le groupement fait également appel aux sous-traitants Eiffage Fondations, Icop et Capocci, et aux sociétés d’ingénierie partenaires Sweco et Antea. Conformément à ses engagements auprès de la SGP, il fait également travailler de nombreuses PME, qui réaliseront au moins 20 % du montant du marché. C’est donc bien tout un écosystème de partenariats, de co-traitance et de sous-traitance qui est à l’œuvre.
 
Même logique pour le prolongement de la ligne 11 ou pour l’un des lots de la ligne 15 Sud, remportés par un groupement composé des sociétés Demathieu Bard, NGE, Impresa Pizzarotti, Implenia, et accompagné de Franki Foundations et Atlas Fondation. Un groupement d’entreprises qui coordonne, là encore, de nombreuses PME impliquées sur les chantiers. « Nous avons beau être un groupe de plusieurs grandes entreprises, nous savons que nous ne pourrons pas tout faire tout seul et que nous avons besoin de solliciter des entreprises locales, pour de l’achat de fournitures, des prestations en commande directe ou en contrat de sous-traitance », expliquait ainsi en 2017 Nicolas Margoloff, directeur de projet chez Demathieu Bard lors d’une réunion avec des PME du Val-de-Marne.
 
 
Des partenariats durables et exigeants
 
Les achats représentent par exemple plus de 50 % du chiffre d’affaires d’Eiffage. La major considère donc logiquement ses fournisseurs et ses sous-traitants comme une composante de la valeur du groupe, contribuant à la performance de ses opérations, à sa capacité d’innovation et à la mise en œuvre de ses objectifs de développement durable. Un « capital fournisseur » qu’il convient donc de préserver et d’accroître. Eiffage privilégie ainsi des relations de long terme avec ses fournisseurs et sous-traitants, en favorisant, lorsque cela est possible, des contrats pluriannuels qui permettent de construire des partenariats fondés sur la performance économique et les enjeux environnementaux et/ou sociétaux, avec des plans de progrès.
 
La performance globale du chantier dépend de fait de l’homogénéité des différents intervenants. Il faut donc que tous les acteurs, Eiffage, ses sous-traitants, ses co-traitants dans les groupements, aient le même niveau d’exigence en termes d’impact sur l’environnement. « Le facteur « environnement » est inclus dans les critères de choix de notre direction des achats. Il faut vraiment que le partenaire soit sur la même longueur d’onde que nous pour être sélectionné. explique Guillaume Sauvé, président d’Eiffage Génie civil. Et pour nous situer sur le long terme, nous entrons dans une politique d’achat pluriannuelle qui permet à nos fournisseurs de s’inscrire dans la durée et en adéquation avec notre trajectoire environnementale ».
 
La même exigence s’applique en matière de sécurité, un domaine où le groupe déploie beaucoup d’efforts pour se rapprocher du « zéro accident ». « Nous avons les mêmes exigences pour nos co-traitants et nos sous-traitants : nous excluons de travailler avec des entreprises qui ne sont pas performantes en matière de sécurité, précise Guillaume Sauvé. Et quand nous recrutons des intérimaires, nous exigeons un certificat de formation de la part des sociétés d’intérim, et nous reprenons la formation à leur arrivée sur le chantier. S’ils ne passent pas le test de sécurité à la fin de la journée, ils sont remerciés, sans appel ».
 
Demathieu Bard s’efforce également d’établir, avec ses fournisseurs et sous-traitants, « des partenariats durables basés sur des exigences élevées de qualité et de sécurité ». Et de développer « une démarche de progrès continu, axée sur l’innovation et la construction durable ». Le lien que l’entreprise entretient avec ses partenaires se traduit par un dialogue suivi et des actions très concrètes comme l’appel à une sous-traitance majoritairement locale, l’insertion professionnelle par le biais des chantiers, ou l’utilisation de filières locales agréées pour le retraitement des déchets.
 
Chez Egis aussi, la responsabilité sociétale et environnementale fait également partie des exigences du « Code d’intégrité des partenaires » que s’engagent à respecter les co-traitants, sous-traitants et fournisseurs. Le groupe intègre aussi de plus en plus des clauses RSE dans ses contrats et développe une « charte d’achats responsables » qui promeut « des achats plus respectueux de l’environnement et compatibles avec l’objectif du groupe de réduction de GES pour lutter contre le changement climatique ».
 
Comme le montrent ces exemples, le BTP est bien une affaire d’écosystème, et les grands groupes s’efforcent de fidéliser leurs fournisseurs, sous-traitants, co-traitants et partenaires autour des grands enjeux de performance des chantiers, de sécurité et de construction durable.
 










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