Carnets de l'Economie

Aéroports de Paris : vendre ou ne pas vendre, telle n’est plus la question




Florent Fonsalas
01/05/2019

La vente d’ADP semble acquise. Reste aujourd’hui en suspens la question de vendre la totalité des parts de l’État (un peu plus de 50 %) ou de céder seulement un bloc de 29,9 %. Quelle serait la meilleure solution pour le développement de l’entreprise ? Évaluation des deux alternatives.


Vendre les 50,63 % qu’il détient dans Aéroports de Paris ou ne céder qu’un bloc de 29,9 % sans céder le contrôle de l’entreprise ? Telle est aujourd’hui la question pour l’État. Dans le premier scénario, l’acheteur aurait toutes les chances d’être un acteur industriel, comme Vinci, qui s’est montré intéressé, tandis que le deuxième attirerait prioritairement des fonds d’investissement, comme Ardian, qui s’est porté candidat en s’alliant aux départements franciliens. Le choix est loin d’être neutre pour l’avenir et pour le développement d’ADP.
 
ADP, une entreprise rentable mais perfectible
 
ADP est aujourd’hui une entreprise performante et rentable. Avec 281,4 millions de passagers, le groupe est même devenu en 2018, le numéro un mondial de la gestion aéroportuaire, suite à l’intégration de TAV Airports et d’Airport International Group. Il a dégagé l’an dernier 610 millions d’euros de bénéfice net pour un chiffre d’affaires consolidé de 4,5 milliards d’euros. 105,5 millions de passagers ont transité en 2018 par Orly et Roissy, soit 4 millions de plus que l’année précédente. Quant à la valeur du titre, introduit en Bourse en 2006 au prix de 45 euros, elle a été multipliée depuis par plus de quatre.
 
Mais ADP est aussi un groupe qui devra faire face à court terme à « un niveau d’investissement très élevé », comme le relevait l’Agence des participations de l’État (APE) dans son dernier rapport. Le groupe lui-même prévoit une hausse importante de ses investissements pour « accueillir la croissance du trafic » attendue dans les années à venir. De grands chantiers aéroportuaires sont également planifiés à Roissy et Orly, en prévision des Jeux olympiques de Paris 2024. Prises en compte majoritairement par l’État et els collectivités locales, ces dépenses pourraient malgré tout peser pour partie sur les résultats à l’avenir.
 
Malgré ses bons résultats, ADP peut également mieux faire au regard des meilleurs standards internationaux, en particulier en matière de qualité de l’accueil et du service...Tout comme, sans doute, en termes de croissance de la fréquentation des aéroports parisiens. C’est « une entreprise largement perfectible » selon les mots du Premier ministre, le 13 mars dernier devant l’Assemblée Nationale. Et il était bien dans la conviction initiale de l’exécutif de penser qu’un opérateur industriel privé pourrait améliorer l’efficacité opérationnelle d’ADP et la qualité de service des aéroports de la capitale.
 
Industriel ou financier, qui fera face aux investissements nécessaires ?
 
Mais le tableau ne serait plus du tout le même si l’État choisissait de ne vendre finalement qu’un bloc de 29,9 % du capital du groupe, sans en céder le contrôle, comme le proposent les départements franciliens alliés au fonds d’investissement Ardian. Car la vocation d’un fonds de private equity est avant tout d’acheter au meilleur prix, de gérer au plus serré, de maximiser son taux de rentabilité, puis de dégager la plus forte plus-value possible lors de la cession de sa participation, but ultime de l’opération.
 
Ardian n’a ainsi pas hésité à céder en décembre 2017 un portefeuille d’actifs d’infrastructures de plus d’un milliard d’euros intégrant notamment la LGV française Lisea, le réseau français de télécoms ferroviaire Synerail, l’A88 en France, l’autoroute espagnole M-45 ou le distributeur de gaz italien 2i Rete Gas. Le fonds a également remis en vente les parkings Indigo deux ans après en avoir fait l’acquisition, ou encore cédé ses parts dans l’aéroport de Londres-Luton quatre ans seulement après les avoir achetées.
 
Et comme pour pouvoir vendre au meilleur prix, il faut rendre l’entreprise la plus « désirable » possible, un fonds privilégiera toujours la rentabilisation de l’entreprise, quitte à sacrifier les investissements d’avenir. Les départements franciliens eux-mêmes ne cachent pas leurs intérêts non seulement pour les dividendes versés annuellement par ADP, mais aussi par la rentabilité du placement à plus long terme, comparativement aux obligations auxquels ils sont habitués avec le Trésor public. Dans les deux cas, le contribuable se retrouve face à des approches peu compatibles avec les investissements très élevés inhérents à l’activité et au développement d’ADP.
 
Statu quo ou nouvel élan ?
 
Contrairement à un acteur industriel, un fonds de capital investissement n’a pas non plus, en règle générale, de spécialisation sectorielle. Ce n’est pas, par exemple, parce que le fonds infrastructure d’Ardian compte plus de six milliards d’actifs sous gestion que la société financière est pour autant un spécialiste de la gestion aéroportuaire. Le fonds ne détient d’ailleurs qu’une participation très indirecte dans ce domaine au travers de F2I Aeroporti en Italie.
 
Les apports opérationnels d’actionnaires purement financiers ne peuvent donc pas être les mêmes que ceux d’un acteur industriel possédant l’expérience de cette activité. Les fonds d’investissement sont avant tout des structures programmées pour acheter, développer puis céder des entreprises. Ce ne sont pas des opérateurs de long terme, capables de déployer la stratégie d’investissements ambitieuse et la vraie vision industrielle qu’exige un grand groupe aéroportuaire comme ADP.
 
De plus, au bout de quelques années, le fonds qui aura acheté le bloc de 29,9 % va le revendre à un autre investisseur, qui lui-même envisagera à son tour une sortie… ADP risque ainsi de devenir une cible permanente, ce qui n’est pas de nature à assurer la stabilité et le cap dont l’entreprise a besoin pour faire face à ses nombreux enjeux de croissance du trafic, de grands travaux, d’accueil des Jeux Olympiques, de développement durable, d’innovation ou de marketing. Sans parler des risques de voir à terme cet actif stratégique tomber sous la coupe d’intérêts étrangers.
 
Avec la cession de sa participation dans ADP, l’État entendait également démontrer que des infrastructures majeures comme les aéroports parisiens peuvent être mieux gérées par des acteurs industriels privés que par la puissance publique. L’objectif affiché était aussi d’améliorer la compétitivité et la qualité de service des plateformes aéroportuaires parisiennes. Mais quel serait le sens de la privatisation d’ADP si elle aboutissait finalement à la vente d’un bloc de 29,9 % sans contrôle à un fonds d’investissement ? Et quel pourrait être le futur de l’entreprise si une bonne partie de son capital passait à l’avenir de mains en mains, d’un fonds d’investissement à un autre, étranger de surcroît ?