Captage du carbone : l’UE crée un cadre clé pour les entreprises



François Lapierre
04/02/2026

Le 3 février 2026, la Commission européenne a adopté les premières méthodologies de certification volontaire des retraits permanents de carbone. Cette décision s’inscrit dans la stratégie climatique de l’Union européenne et vise à encadrer des technologies industrielles encore émergentes, mais jugées indispensables pour atteindre la neutralité climatique. Pour les entreprises, et en particulier pour l’industrie lourde et l’énergie, ce standard européen pour la lutte contre le carbone marque une inflexion réglementaire majeure.


Ce qu’a décidé la Commission européenne sur le carbone

Avec ce nouveau standard européen pour la lutte contre le carbone, la Commission européenne ne crée pas une obligation supplémentaire. Elle met en place un cadre volontaire, mais strict, permettant de certifier ce qu’elle considère comme des retraits permanents et mesurables de carbone. Jusqu’ici, ces pratiques évoluaient dans un environnement fragmenté, dominé par des standards privés et des méthodologies hétérogènes. Bruxelles a choisi de reprendre la main pour fixer des règles communes à l’échelle du marché intérieur.

Concrètement, la Commission définit désormais ce qui peut être reconnu comme une tonne de carbone retirée de l’atmosphère, les exigences de permanence du stockage et les mécanismes de gestion des risques. Ce cadre s’appuie sur le règlement européen dit CRCF, adopté en 2024, qui vise à harmoniser la certification des retraits de carbone. Selon la Commission européenne, il s’agit d’un outil pour sécuriser l’innovation industrielle, lutter contre le greenwashing et créer un environnement réglementaire prévisible pour les investisseurs.

Ce que le standard change pour les entreprises industrielles

Pour les entreprises, le standard européen pour la lutte contre le carbone modifie profondément la manière d’intégrer ces technologies dans leur stratégie climatique. Désormais, seuls les projets répondant aux critères européens pourront être revendiqués comme retraits permanents de carbone dans les communications financières et extra-financières. Cette clarification réduit le risque juridique et réputationnel, mais elle limite aussi le champ des solutions acceptées.

Dans l’industrie, cette évolution concerne en priorité les secteurs confrontés à des émissions résiduelles difficiles à éliminer. La sidérurgie, le ciment, la chimie ou encore certaines activités énergétiques voient dans le captage et le stockage du carbone un levier complémentaire à l’électrification ou à l’efficacité énergétique. Selon ESG Today, la Commission européenne espère que ce cadre encouragera des investissements industriels de long terme, en offrant une meilleure visibilité sur les règles applicables et sur la valeur économique du carbone retiré.

Industrie et énergie : quelles pratiques sont désormais reconnues

Le standard européen pour la lutte contre le carbone repose sur une sélection volontairement restreinte de technologies. La Commission européenne a retenu uniquement celles dont la maturité industrielle et la capacité de stockage à long terme sont jugées suffisantes. La première catégorie concerne le captage direct du carbone dans l’air, suivi d’un stockage géologique permanent. La deuxième catégorie reconnue concerne le captage du carbone issu de la biomasse, combiné à un stockage permanent. Enfin, le standard intègre la séquestration par biochar, un procédé industriel reposant sur la transformation de biomasse en charbon stable. 

Pour l’industrie européenne, le standard européen pour la lutte contre le carbone agit avant tout comme un signal économique. Il ne remplace ni le marché carbone existant ni les obligations de réduction d’émissions, mais il crée un cadre de référence pour un segment émergent. En clarifiant les règles, Bruxelles cherche à éviter une course désordonnée aux crédits carbone et à orienter les capitaux vers des projets industriels jugés stratégiques pour la transition. Cette approche s’inscrit aussi dans une logique de compétitivité. En fixant un standard commun, l’Union européenne ambitionne de devenir un pôle de référence pour les technologies de retrait du carbone, à l’image de ce qu’elle a fait dans d’autres domaines industriels. Selon la Commission européenne, l’enjeu dépasse le climat : il s’agit aussi de structurer une nouvelle filière industrielle, capable de créer de la valeur et de renforcer l’autonomie stratégique européenne face aux acteurs américains et asiatiques.