Pas de réforme des ruptures conventionnelles pour l'instant



Aurélien Lacroix
17/04/2026

L'Assemblée nationale a infligé un nouveau camouflet au gouvernement Lecornu en rejetant, jeudi 16 avril 2026, le projet de loi réformant l'indemnisation chômage en cas de rupture conventionnelle. Cette cinglante défaite parlementaire, actée par 77 voix contre 32, fait écho au retrait récent de la proposition d'allongement du travail le 1er mai, révélant les écueils croissants auxquels se heurte l'exécutif dans l'adoption de ses réformes sociales.


Un rejet qui sonne le glas des réformes sur la rupture conventionnelle

Le texte, pourtant adopté au Sénat le 1er avril dans un consensus apparent, s'est fracassé contre une opposition résolue orchestrée par La France insoumise. Forte de 53 voix, la députation "insoumise" a mené la charge du rejet, épaulée par les écologistes et les communistes. Face à cette coalition de circonstance, seuls neuf élus sur les 91 du groupe Ensemble pour la République ont daigné se prononcer, trahissant ce que l'entourage du Premier ministre qualifie pudiquement de "problème de mobilisation".

Cette désertion contraste avec l'enjeu économique du texte : l'accord conclu en février entre trois organisations patronales (Medef, CPME, U2P) et trois organisations syndicales (CFDT, CFTC et FO) promettait des économies substantielles pour l'État. Le Rassemblement national, avec seulement 10 voix mobilisées sur 122 possibles, n'a guère fait preuve d'ardeur défensive, tandis que le Parti socialiste s'est prudemment abstenu.

Les dispositions de la réforme avortée

L'accord négocié par les partenaires sociaux visait un "ajustement des règles d'indemnisation" destiné à tarir les effets d'aubaine liés aux ruptures conventionnelles. La nouvelle architecture proposait une durée maximale de 15 mois pour les personnes de moins de 55 ans (contre 18 mois actuellement), de 20,5 mois pour leurs aînés, et maintenait un plafond de 30 mois pour les résidents d'outre-mer.

Selon les calculs du ministre du travail Jean-Pierre Farandou, cette réforme devait engendrer "jusqu'à un milliard d'euros d'économies en régime de croisière, dont 800 millions d'euros à horizon 2029". L'exécutif escomptait également 12 000 à 15 000 retours à l'emploi supplémentaires chaque année, grâce notamment à un accompagnement renforcé par France Travail.

Un dispositif controversé aux ramifications financières considérables

Les partisans de la réforme brandissaient l'ampleur vertigineuse des coûts engendrés par les ruptures conventionnelles : 9,4 milliards d'euros en 2024, soit 26 % des dépenses totales du régime d'assurance chômage. Le rapporteur Thibault Bazin (LR) s'appuyait sur une enquête de la Dares révélant que "près de 40 % des salariés" ayant bénéficié d'une rupture conventionnelle "déclarent qu'ils auraient démissionné si ce dispositif n'avait pas existé".

Cette statistique nourrissait l'argumentaire sur les "effets d'aubaine" du dispositif actuel. Les défenseurs du texte soulignaient par ailleurs que les bénéficiaires des ruptures conventionnelles se distinguent par leur niveau de qualification supérieur à la moyenne des allocataires, avec de "meilleures perspectives de retour rapide à l'activité", légitimant selon eux une durée d'indemnisation amoindrie.

L'opposition crie à l'offensive contre les droits des salariés

Face à cette rhétorique économique, l'opposition a déployé une contre-offensive axée sur la préservation des droits des salariés. Hadrien Clouet, député LFI de Haute-Garonne, a dénoncé "une nouvelle offensive" contre les chômeurs, rappelant le caractère parfois contraint des ruptures conventionnelles.

Cette critique met en lumière une réalité souvent esquivée : nombre de ruptures conventionnelles s'apparentent à des "licenciements déguisés", où le salarié subit une pression subtile mais réelle de l'employeur pour accepter une séparation à l'amiable. Dans cette optique, l'amenuisement de la durée d'indemnisation fragiliserait davantage la position des travailleurs face à leur hiérarchie.
L'entourage de Sébastien Lecornu a d'ores et déjà annoncé la convocation d'une deuxième lecture, insistant sur l'importance de cet "accord" comme "première avancée depuis l'abandon de la réforme de l'assurance chômage en 2024".